
La femme affranchie est beaucoup plus qu’une femme libérée. Loin de se satisfaire de la “libération” toute relative et inachevée de l’essentiel de ses semblables, elle a su se forger un vrai style de vie autour d’une recherche du bonheur et de la liberté, du respect de l’autre et de soi, de l’abandon des interdits. Riche des influences maturantes de toutes les expériences de la vie – quand elles ont assumées -, elle trace sa route toutes voiles dehors vers le bonheur au féminin et chaque jour la rapproche davantage de sa destination.
L’affranchie, c’est par exemple celle qui a décidé, après des années de stricte observance des règles de fidélité conjugale, de s’émanciper du joug marital. Devenue indépendante, maîtresse de son destin amoureux, elle a le diable au corps et vit sa joyeuse gaudriole selon les seules fantaisies de son cœur. “L’insoutenable légèreté” de son être rend les hommes perplexes et les femmes jalouses. En amour, c’est une femme comblée. Parfaitement libre dans sa tête, l’affranchie vit sa vie amoureuse au pluriel et sans souci du qu’en-dira-t-on. Elle est plus sensible au plaisir d’inspirer des passions intenses et successives que de tomber dans les bras d’un seul homme. Comme l’écrivait Crébillon fils, auteur des Egarements du cœur et de l’esprit: Le mérite de s’attacher un amant pour toujours ne vaut pas à ses yeux celui d’en enchaîner plusieurs ( ) elle se donne un Amant, moins parce qu’elle le trouve aimable, que pour prouver qu’elle l’est. Souvent elle ne connaît pas mieux celui qu’elle quitte que celui qui lui succède. Peut-être si elle avait pu le garder plus longtemps, l’aurait-elle aimé ; mais est-ce sa faute si elle est infidèle ?
Etre affranchie, c’est un état d’esprit. Quelques-unes le sont par nature. La plupart le deviennent après rupture… Il leur a fallu beaucoup souffrir et douter avant d’en arriver là. “Est-ce que je plais encore ? »: c’est l’angoissante question de celle qui a vieilli auprès d’un mari oublieux. Et parce qu’aujourd’hui une femme peut encore diablement séduire passée la cinquantaine, elle constate avec délectation qu’elle est encore “aimable”. Divine surprise. Puis elle se prend au jeu délicieux de la séduction. Elle redécouvre le plaisir de sortir après des années d’enfermement conjugal. Elle se fait draguer. Elle drague. “J’ai Fimpression d’avoir à nouveau vingt ans” témoigne Alice, que son époux a quitté pour plus jeune qu’elle après quinze ans de mariage. Un peu par amour, beaucoup par principe, elle s’était interdit le moindre faux-pas et avait toujours décliné les avances. Aujourd’hui, après une phase de déprime carabinée, elle saute d’aventure en aventure sans se soucier de la morale publique. Son entourage inquisiteur désapprouve sa métamorphose: “Ma voisine du dessus me traite de salope. Mes copines me regardent de travers. Mais moi, je me sens mieux dans ma peau ainsi. C’est une vraie renaissance…” Séduire, c’est parfois guérir.
CARPE DIEM
Beaucoup de divorcées connaissent une période de boulimie sexuelle consécutive à des années d’anémie conjugale du désir : “Je suis devenue une bombe sexuelle, j’ai littéralement explosé, comme une cocotte-minute…” Les femmes abandonnées sont mûres pour la séparation du corps et de l’âme. Elles redécouvrent avec bonheur ces plaisirs des sens qu’elles avaient mis en quarantaine depuis longtemps. Gourmandes, elles goûtent à nouveau les délices du corps en extase, la passion physique, la déraison charnelle. Elles jouissent des joies du sexe sans sentiment, elles qui avaient été sevrées de l’un comme de l’autre. Elles redessinent leurs paysages amoureux sans cadre affectif, s’abandonnent dans les bras d’hommes de passage. Elles baisent pour la baise. “C’est si bon d’être contre le torse d’un mec…” Saisies par une subite fureur amoureuse, elles s’abandonnent au démon de midi et suivent à la lettre l’emblématique recommandation des Odes d’Horace : “Carpe diem », profite du jour, la vie est courte, il faut te hâter d’en jouir pleinement.
Ce faisant, elles triomphent d’abord d’elles-mêmes. Elles réinventent les audaces amoureuses, redécouvrent la démesure des sens, exhument une sensualité enfouie. “Je refais l’amour comme une gamine », s’étonne l’une de ces éternelles amoureuses. Elles sont les premières surprises par leurs inépuisables ressources libidinales. Si seize ans est l’âge de la majorité sexuelle, quarante est celui de la maturité sexuelle pour Jade, sémillante secrétaire séparée depuis un an : “Je peux enfin devenir la femme que j’ai toujours rêvée d’être : une femme libérée de mes propres tabous. Il a fallu que mon mari me plaque pour que je sois heureuse au lit ».
Les affranchies vivent l’âge de l’insoumission où elles veulent agir comme les hommes en les abandonnant aussi vite qu’elle les ont séduits. Elles “papillonnent”, disent-elles, pour donner un brin de poésie à l’affaire. Et dissuadent leurs partenaires de rester. “J’ai traversé le désert sexuel et j’arrive enfin à l’oasis. J’ai envie d’en profiter au maximum, de m’éclater et surtout pas de me recaser avec un mec. Si un homme me plaît, je fais tout pour ne pas le revoir…” Le grand amour ? “Plus tard, pourquoi pas, répond Jade. En attendant, je profite de la vie. Quand je rencontre un bel homme, je ne me demande pas si c’est pour une nuit ou pour la vie, je profite minute par minute des moments que je passe avec lui. Je m’enrichis de multiples rencontres et je fais l’amour si mes sens me le dictent sans me prendre la tête comme la plupart des filles. Je suis comme un oiseau qui a quitté sa cage…” Séduction, quand tu nous tiens…
LA VEUVE JOYEUSE
“Oui, je suis une veuve joyeuse, revendique Martine, quarante-huit ans, architecte d’intérieur. Après avoir vécu vingt ans dans l’ombre d’un mari dirigiste sans trop se poser de question, elle avait fini par devenir incapable de s’assumer seule, de gérer son temps de loisir et de plaisirs personnels. “C’est mon mari qui décidait tout. En le perdant, j’ai perdu tous mes repères dans la vie et par peur, je me suis recroquevillée sur moi-même. Je refusais de sortir. J’ai sombré dans la dépression. Des collègues m’ont encouragée à partir en croisière sur le Nil et c’est là que j’ai lié connaissance avec un groupe d’amis. Ces vacances ont été une révélation pour moi. Un voyage initiatique. Une cure de jouvence. Je plaisais aux femmes autant qu’aux hommes. J’avais envie de séduire à nouveau. Mes compagnons de croisière m’ont soutenue et je suis sortie de ma dépression grâce à eux. » Ses yeux rieurs, sa coupe de cheveux à la garçonne et sa minijupe lui donnent un air adolescent : ‘Au début, je me suis vraiment demandé si je saurais encore séduire. Je passais des heures dans ma salle de bains avant de sortir. Il fallait absolument que je me plaise à moi-même avant de m’attaquer aux autres. Maintenant, je sais que je peux me faire tous les hommes que je veux ! J’ai enfin compris qu’on peut coucher sans amour. Je prends mon pied avec les hommes, j’ai plusieurs amants en même temps. Je suis une femme sensuelle, libérée, comblée. Enfin, j’existe par moi-même. Je vis une ménopause heureuse. »
Parfois, l’affranchie veut faire souffrir les hommes pour se donner de l’importance. Elle joue la femme fatale. Grisée par le succès, elle voudrait être irrésistible. Mais au fond, tout cela n’est pas bien méchant. La cruauté n’est pas sa vraie nature. Une escouade d’amoureux aura tôt fait d’apaiser ses sens en délire. Puis, quand elle aura éprouvé toutes les joies de sa liberté retrouvée, elle regagnera sagement la tranquillité d’un univers plus conformiste. “Pour l’instant, je me sens bien au milieu de tous ces garçons et je ne cherche pas à rencontrer mon second mari, mais je sais que je ne finirai pas mes jours seule », confie la veuve joyeuse. Martine aspire à la quiétude dans sa vie sentimentale et souhaite rencontrer “celui qui saura ensoleiller son coeur à nouveau ». Elle espère son Prince Charmant. Même les grandes séductrices rêvent d’être séduites à leur tourLa femme affranchie est beaucoup plus qu’une femme libérée. Loin de se satisfaire de la “libération” toute relative et inachevée de l’essentiel de ses semblables, elle a su se forger un vrai style de vie autour d’une recherche du bonheur et de la liberté, du respect de l’autre et de soi, de l’abandon des interdits. Riche des influences maturantes de toutes les expériences de la vie – quand elles ont assumées -, elle trace sa route toutes voiles dehors vers le bonheur au féminin et chaque jour la rapproche davantage de sa destination.
L’affranchie, c’est par exemple celle qui a décidé, après des années de stricte observance des règles de fidélité conjugale, de s’émanciper du joug marital. Devenue indépendante, maîtresse de son destin amoureux, elle a le diable au corps et vit sa joyeuse gaudriole selon les seules fantaisies de son cœur. “L’insoutenable légèreté” de son être rend les hommes perplexes et les femmes jalouses. En amour, c’est une femme comblée. Parfaitement libre dans sa tête, l’affranchie vit sa vie amoureuse au pluriel et sans souci du qu’en-dira-t-on. Elle est plus sensible au plaisir d’inspirer des passions intenses et successives que de tomber dans les bras d’un seul homme. Comme l’écrivait Crébillon fils, auteur des Egarements du cœur et de l’esprit: Le mérite de s’attacher un amant pour toujours ne vaut pas à ses yeux celui d’en enchaîner plusieurs ( ) elle se donne un Amant, moins parce qu’elle le trouve aimable, que pour prouver qu’elle l’est. Souvent elle ne connaît pas mieux celui qu’elle quitte que celui qui lui succède. Peut-être si elle avait pu le garder plus longtemps, l’aurait-elle aimé ; mais est-ce sa faute si elle est infidèle ?
Etre affranchie, c’est un état d’esprit. Quelques-unes le sont par nature. La plupart le deviennent après rupture… Il leur a fallu beaucoup souffrir et douter avant d’en arriver là. “Est-ce que je plais encore ? »: c’est l’angoissante question de celle qui a vieilli auprès d’un mari oublieux. Et parce qu’aujourd’hui une femme peut encore diablement séduire passée la cinquantaine, elle constate avec délectation qu’elle est encore “aimable”. Divine surprise. Puis elle se prend au jeu délicieux de la séduction. Elle redécouvre le plaisir de sortir après des années d’enfermement conjugal. Elle se fait draguer. Elle drague. “J’ai Fimpression d’avoir à nouveau vingt ans” témoigne Alice, que son époux a quitté pour plus jeune qu’elle après quinze ans de mariage. Un peu par amour, beaucoup par principe, elle s’était interdit le moindre faux-pas et avait toujours décliné les avances. Aujourd’hui, après une phase de déprime carabinée, elle saute d’aventure en aventure sans se soucier de la morale publique. Son entourage inquisiteur désapprouve sa métamorphose: “Ma voisine du dessus me traite de salope. Mes copines me regardent de travers. Mais moi, je me sens mieux dans ma peau ainsi. C’est une vraie renaissance…” Séduire, c’est parfois guérir.
Carpe diem
Beaucoup de divorcées connaissent une période de boulimie sexuelle consécutive à des années d’anémie conjugale du désir : “Je suis devenue une bombe sexuelle, j’ai littéralement explosé, comme une cocotte-minute…” Les femmes abandonnées sont mûres pour la séparation du corps et de l’âme. Elles redécouvrent avec bonheur ces plaisirs des sens qu’elles avaient mis en quarantaine depuis longtemps. Gourmandes, elles goûtent à nouveau les délices du corps en extase, la passion physique, la déraison charnelle. Elles jouissent des joies du sexe sans sentiment, elles qui avaient été sevrées de l’un comme de l’autre. Elles redessinent leurs paysages amoureux sans cadre affectif, s’abandonnent dans les bras d’hommes de passage. Elles baisent pour la baise. “C’est si bon d’être contre le torse d’un mec…” Saisies par une subite fureur amoureuse, elles s’abandonnent au démon de midi et suivent à la lettre l’emblématique recommandation des Odes d’Horace : “Carpe diem », profite du jour, la vie est courte, il faut te hâter d’en jouir pleinement.
Ce faisant, elles triomphent d’abord d’elles-mêmes. Elles réinventent les audaces amoureuses, redécouvrent la démesure des sens, exhument une sensualité enfouie. “Je refais l’amour comme une gamine », s’étonne l’une de ces éternelles amoureuses. Elles sont les premières surprises par leurs inépuisables ressources libidinales. Si seize ans est l’âge de la majorité sexuelle, quarante est celui de la maturité sexuelle pour Jade, sémillante secrétaire séparée depuis un an : “Je peux enfin devenir la femme que j’ai toujours rêvée d’être : une femme libérée de mes propres tabous. Il a fallu que mon mari me plaque pour que je sois heureuse au lit ».
Les affranchies vivent l’âge de l’insoumission où elles veulent agir comme les hommes en les abandonnant aussi vite qu’elle les ont séduits. Elles “papillonnent”, disent-elles, pour donner un brin de poésie à l’affaire. Et dissuadent leurs partenaires de rester. “J’ai traversé le désert sexuel et j’arrive enfin à l’oasis. J’ai envie d’en profiter au maximum, de m’éclater et surtout pas de me recaser avec un mec. Si un homme me plaît, je fais tout pour ne pas le revoir…” Le grand amour ? “Plus tard, pourquoi pas, répond Jade. En attendant, je profite de la vie. Quand je rencontre un bel homme, je ne me demande pas si c’est pour une nuit ou pour la vie, je profite minute par minute des moments que je passe avec lui. Je m’enrichis de multiples rencontres et je fais l’amour si mes sens me le dictent sans me prendre la tête comme la plupart des filles. Je suis comme un oiseau qui a quitté sa cage…” Séduction, quand tu nous tiens…

La veuve joyeuse
“Oui, je suis une veuve joyeuse, revendique Martine, quarante-huit ans, architecte d’intérieur. Après avoir vécu vingt ans dans l’ombre d’un mari dirigiste sans trop se poser de question, elle avait fini par devenir incapable de s’assumer seule, de gérer son temps de loisir et de plaisirs personnels. “C’est mon mari qui décidait tout. En le perdant, j’ai perdu tous mes repères dans la vie et par peur, je me suis recroquevillée sur moi-même. Je refusais de sortir. J’ai sombré dans la dépression. Des collègues m’ont encouragée à partir en croisière sur le Nil et c’est là que j’ai lié connaissance avec un groupe d’amis. Ces vacances ont été une révélation pour moi. Un voyage initiatique. Une cure de jouvence. Je plaisais aux femmes autant qu’aux hommes. J’avais envie de séduire à nouveau. Mes compagnons de croisière m’ont soutenue et je suis sortie de ma dépression grâce à eux. » Ses yeux rieurs, sa coupe de cheveux à la garçonne et sa minijupe lui donnent un air adolescent : ‘Au début, je me suis vraiment demandé si je saurais encore séduire. Je passais des heures dans ma salle de bains avant de sortir. Il fallait absolument que je me plaise à moi-même avant de m’attaquer aux autres. Maintenant, je sais que je peux me faire tous les hommes que je veux ! J’ai enfin compris qu’on peut coucher sans amour. Je prends mon pied avec les hommes, j’ai plusieurs amants en même temps. Je suis une femme sensuelle, libérée, comblée. Enfin, j’existe par moi-même. Je vis une ménopause heureuse. »
Parfois, l’affranchie veut faire souffrir les hommes pour se donner de l’importance. Elle joue la femme fatale. Grisée par le succès, elle voudrait être irrésistible. Mais au fond, tout cela n’est pas bien méchant. La cruauté n’est pas sa vraie nature. Une escouade d’amoureux aura tôt fait d’apaiser ses sens en délire. Puis, quand elle aura éprouvé toutes les joies de sa liberté retrouvée, elle regagnera sagement la tranquillité d’un univers plus conformiste. “Pour l’instant, je me sens bien au milieu de tous ces garçons et je ne cherche pas à rencontrer mon second mari, mais je sais que je ne finirai pas mes jours seule », confie la veuve joyeuse. Martine aspire à la quiétude dans sa vie sentimentale et souhaite rencontrer “celui qui saura ensoleiller son coeur à nouveau ». Elle espère son Prince Charmant. Même les grandes séductrices rêvent d’être séduites à leur tour.
La suite au prochain épisode : Témoignage
Extraits du livre « Eloge de la Séduction » de Veronique Julien et Xavier Deleu